Marie-Claire Dussaud est née à Saint-Augustin en 1954, dans la ferme familiale que ses parents cultivaient depuis trois générations. Agricultrice à la retraite et ancienne secrétaire de mairie, elle connaît ce village comme sa poche : ses familles, ses histoires, ses querelles et sa beauté discrète. Claire Vasseur l'a rencontrée en mai 2026 sur la place de l'église.

Sommaire

Enfant dans les Monédières : la Corrèze des années 1960

Claire Vasseur : Pouvez-vous nous décrire Saint-Augustin tel que vous l'avez connu enfant ?

Marie-Claire Dussaud : Depuis que j'suis petite, Saint-Augustin c'est la vue du puy de la Monédière depuis la fenêtre de ma chambre. En hiver, quand la neige couvrait les crêtes, on avait l'impression que le massif était tout proche, qu'on pouvait le toucher en tendant le bras. Et l'été, les bruyères mettaient tout le plateau en violet. Chez nous, c'est comme ça depuis toujours — le paysage, c'est presque un membre de la famille.

CV : Et la vie au village, comment était-elle ?

MCD : Beaucoup plus dense qu'aujourd'hui. Mon père me racontait qu'avant la guerre, le bourg avait deux épiceries, un forgeron, un charron et même un sabotier. Dans les années 1960, il en restait un peu, mais le mouvement était lancé : les jeunes partaient à Tulle ou à Clermont travailler dans les usines. Nous, on est restés. La ferme, les vaches, la terre — c'était notre vie.

Cuisine en pierre d'une ferme corrézienne avec une femme âgée près de la cheminée
L'intérieur d'une ferme traditionnelle de Saint-Augustin — un cadre de vie préservé depuis des générations

L'église de Saint-Augustin dans la mémoire du village

CV : L'église romane est au cœur du village. Quel rôle jouait-elle dans votre enfance ?

MCD : Tout ! Mes parents m'y emmenaient tous les dimanches. Le curé de l'époque, l'abbé Boudier, connaissait tout le monde par son prénom. Après la messe, les hommes restaient sur la place à discuter, les femmes rentraient préparer le repas. Ce n'était pas que la religion — c'était le cœur battant du village. Depuis que j'suis petite, j'entends les cloches marquer les heures depuis ma cuisine.

CV : Et aujourd'hui ?

MCD : Aujourd'hui le curé vient de Meymac une fois par mois. La messe du dimanche rassemble une trentaine de personnes, surtout des personnes âgées. Pour les grandes occasions — Noël, la fête patronale le 28 août, les mariages — l'église se remplit. Les jeunes qui ont quitté le village reviennent pour ces moments. L'église romane de Saint-Augustin, témoin de huit siècles de foi, reste le lieu de mémoire du village même pour ceux qui ne pratiquent plus.

Les fêtes et traditions qui ont disparu... et celles qui restent

CV : Quelles traditions avez-vous vues disparaître au cours de votre vie ?

MCD : Oh, beaucoup. La fête des battages, quand toutes les familles du village se retrouvaient pour battre le blé ensemble, avec le repas qui durait tout l'après-midi — ça s'est arrêté dans les années 1970 avec les moissonneuses-batteuses. Les veillées aussi, où on se retrouvait les soirs d'hiver dans la grange d'une famille pour écoser les haricots en chantant et en se racontant des histoires. Mon père me racontait les histoires de sa propre enfance — il avait vécu la Première Guerre, il avait des choses à dire.

MCD : Ce qui reste, c'est la fête de saint Augustin le 28 août. Ça, les gens tiennent à ça. Et les feux de la Saint-Jean en juin — quelques familles les maintiennent sur le plateau. Et les traditions des Monédières — cueillette des myrtilles, coupe du foin de montagne — certaines familles les perpétuent encore. Comme on dit chez nous : on s'accroche à ce qui nous retient ensemble.

Petite fête patronale devant l'église romane d'un village corrézien, paroissiens réunis après la messe
La fête patronale de saint Augustin, le 28 août, réunit les habitants et les anciens partis du village

Comment le village a changé depuis 50 ans

CV : Si vous deviez résumer le changement de Saint-Augustin en 50 ans ?

MCD : Le village s'est vidé puis il a commencé à se remplir différemment. Dans les années 1975-1990, c'était l'hémorragie. Les jeunes partaient, les fermes fermaient une par une, les maisons se vendaient à des Parisiens pour en faire des résidences secondaires. Le bourg avait un air de tristesse. Et puis, depuis dix ans à peu près, quelque chose a changé. Des jeunes familles sont arrivées — des gens qui voulaient de l'espace, de la nature, qui pouvaient travailler à distance. La pandémie a accéléré tout ça.

MCD : Maintenant on a des nouveaux habitants qui font des jardins potagers là où il y avait des friches, qui rénovent des vieilles granges, qui amènent leurs enfants à l'école de Meymac. C'est pas l'ancien monde, c'est autre chose. Mais le village est de nouveau vivant, et ça, ça me touche profondément.

Le renouveau touristique : la Corrèze retrouve ses visiteurs

CV : Comment vivez-vous l'afflux de visiteurs que connaît la Corrèze ces dernières années ?

MCD : Avec beaucoup de plaisir, à vrai dire. Pendant longtemps, les gens ne savaient même pas qu'il y avait un village qui s'appelait Saint-Augustin en Corrèze. Maintenant des visiteurs viennent exprès, pour voir l'église, pour randonner dans les Monédières, pour s'imprégner de ce calme qu'on a la chance d'avoir ici. Ma belle-sœur a ouvert un gîte il y a trois ans — elle est complète chaque été jusqu'en septembre.

MCD : Ce que j'espère, c'est que les visiteurs ne s'arrêtent pas à la surface des choses. Qu'ils prennent le temps de lever les yeux vers le puy, d'entrer dans l'église, de parler avec les anciens du café. Le guide pratique pour visiter Saint-Augustin en 2026 donne de bonnes pistes, mais le vrai village, il se découvre en prenant son temps et en parlant aux gens.

Ce qu'elle voudrait que les visiteurs sachent sur Saint-Augustin

CV : Si vous deviez dire une chose aux visiteurs qui viennent pour la première fois à Saint-Augustin, ce serait quoi ?

MCD : Que le village porte bien son nom. Saint Augustin d'Hippone — le grand penseur, le Père de l'Église — c'est pas un saint comme un autre. C'est quelqu'un qui a cherché toute sa vie la vérité et qui a fini par l'trouver dans la foi. Chez nous, au fil des siècles, les gens ont mis cette dévotion dans les pierres de leur église, dans les croix de leur cimetière, dans le nom de leur village. Quand vous marchez dans Saint-Augustin, vous marchez dans quelque chose qui a de la profondeur. Prenez le temps de le sentir.

MCD : Et allez vous promener dans les Monédières ! Mon mari et moi, on y allait tous les dimanches d'été. Les randonnées dans le massif des Monédières autour du puy, dans les landes de bruyère — c'est là que vous comprenez pourquoi on aime ce pays. Ça ne ressemble à rien d'autre. C'est notre fierté.

5 questions rapides — anecdotes du village

CV : Un souvenir d'enfance inoubliable à Saint-Augustin ?
MCD : La première fois que j'ai vu la neige recouvrir complètement le puy de la Monédière. J'avais six ans. Mon père m'a portée sur ses épaules pour que je voie par-dessus les congères. C'est une image que j'aurai jusqu'à ma mort.

CV : La personnalité historique locale qui vous inspire le plus ?
MCD : L'abbé Boudier, notre curé d'après-guerre. Un homme de rien, qui ne cherchait pas les honneurs, qui visitait les malades et les vieux à pied, par tous les temps. Il a construit une salle paroissiale que le village utilise encore. Voilà ce que c'est, le saint Augustin du XXe siècle corrézien — quelqu'un qui fait.

CV : Un plat de cuisine corrézienne que vous défendriez ?
MCD : Le pâté de pommes de terre. Simple, roboratif, et tellement bon. Avec une salade du jardin et un verre de vin. C'est le repas du dimanche depuis toujours chez nous.

CV : Que voudriez-vous pour Saint-Augustin dans 20 ans ?
MCD : Que les enfants qui jouent aujourd'hui devant l'église décident d'y rester ou d'y revenir. Qu'on entende encore parler le patois dans les cafés — même si c'est le dernier soubresaut. Et que l'église romane tienne encore debout.

CV : Que pensez-vous du fait qu'un magazine vous consacre un article ?
MCD : Je pense que vous devriez aller interviewer des gens plus intéressants que moi. Mais si ça donne envie à des gens de visiter le village, alors j'en suis bien contente. L'histoire complète du village depuis le Moyen Âge vaut vraiment le détour.