Georges Florovsky (1893-1979), figure majeure de la théologie orthodoxe du XXe siecle, a propose une relecture d'Augustin d'Hippone remarquable par son equilibre et sa rigueur historique. Ni apologete inconditionnel ni critique radical, Florovsky a su reconnaitre la grandeur d'Augustin tout en identifiant les points de tension avec la tradition orientale, ouvrant ainsi une voie mediane d'une grande fecondite pour le dialogue œcuménique.
Sommaire
- La vie de Florovsky : d'Odessa a Princeton
- Les Voies de la théologie russe : un diagnostic sans concession
- Le renouveau patristique et le retour aux sources
- La lecture florovskienne d'Augustin : critique et reconnaissance
- Florovsky et Lossky : deux approches de la tradition occidentale
- Florovsky, Augustin et le dialogue œcuménique
- L'héritage contemporain du programme florovskien
- Conclusion
La vie de Florovsky : d'Odessa a Princeton
Georges Vassilievitch Florovsky naquit le 28 aout 1893 a Odessa, alors ville cosmopolite de l'Empire russe. Son pere etait pretre de l'Église orthodoxe, et c'est dans ce milieu clerical cultive que le jeune Georges recut sa première formation intellectuelle et spirituelle. Il etudia a l'Université de Novorossisk (Odessa) ou il se specialisa en philosophie et en histoire, avant que les bouleversements de la revolution russe ne le contraignent a l'exil.
Après un passage par Sofia (Bulgarie) et Prague, Florovsky s'installa a Paris en 1926, ou il fut nomme professeur de patristique a l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. C'est dans ce cadre qu'il deploierait l'essentiel de son œuvre théologique, tout en s'engageant activement dans le mouvement œcuménique naissant. L'Institut Saint-Serge, fonde en 1925, rassemblait l'elite théologique de l'emigration russe et constituait un lieu de debat intellectuel intense ou s'affrontaient les partisans de la sophiologie (Bulgakov) et ceux du retour aux Peres (Florovsky).
En 1948, Florovsky participa a la fondation du Conseil œcuménique des Églises a Amsterdam, ou il prononca un discours remarque sur l'héritage patristique commun des chrétiens. Cette experience œcuménique renforca sa conviction que le dialogue entre les traditions chrétiennes devait se fonder sur une relecture commune des Peres, et non sur des compromis diplomatiques ou des formulations ambigues. C'est dans cette perspective que sa lecture d'Augustin prend tout son sens.
En 1948 également, Florovsky quitta Paris pour les Etats-Unis, ou il enseigna successivement au Saint Vladimir's Seminary de New York, a Harvard et a Princeton. Cette longue carriere americaine lui permit de toucher un public plus large et de confronter sa pensee aux traditions academiques anglo-saxonnes. Il mourut a Princeton le 11 aout 1979, laissant une œuvre considerable, en partie inachevee, qui continue de nourrir la réflexion théologique contemporaine. Les échanges culturels franco-russes du XXe siecle doivent beaucoup a ces intellectuels emigres qui ont tisse des ponts entre les traditions.
Les Voies de la théologie russe : un diagnostic sans concession
L'ouvrage le plus célèbre de Florovsky, Les Voies de la théologie russe (Puti russkogo bogosloviya), publie en 1937, est une somme historique monumentale qui retrace l'évolution de la pensee théologique russe depuis le bapteme de la Russie jusqu'au debut du XXe siecle. Le diagnostic de Florovsky est severe : la théologie russe a souffert d'une "captivite occidentale" (zapadnoye pleneniye) qui a deforme son identite originelle.
Cette captivite s'est manifestee sous deux formes successives. D'abord, au XVIIe siecle, l'influence de la scolastique catholique, transmise par les academies théologiques de Kiev modelees sur le systeme jesuite. Ensuite, au XVIIIe et XIXe siecles, l'influence du protestantisme liberal, introduite par les reformes de Pierre le Grand et systematisee dans les manuels de théologie utilisés dans les seminaires russes. Dans les deux cas, la théologie russe empruntait ses categories, ses méthodes et parfois ses conclusions a l'Occident, au lieu de puiser dans la tradition patristique qui constitue son héritage propre.
Augustin occupe une place particuliere dans ce diagnostic. Pour Florovsky, l'influence indirecte d'Augustin sur la théologie russe — a travers la scolastique, a travers les manuels occidentaux, a travers la philosophie europeenne — est l'une des manifestations les plus subtiles et les plus profondes de la captivite occidentale. Ce n'est pas qu'Augustin soit mauvais en soi ; c'est que l'adoption non critique de categories augustiniennes par des théologiens orthodoxes a conduit a des deformations de la tradition orientale.
La liberarion par le retour aux sources
La solution proposee par Florovsky etait simple dans son principe, radicale dans ses implications : un retour direct aux sources patristiques de la tradition orientale. Non pas une restauration antiquaire — Florovsky n'etait pas un archeologue de la pensee — mais une reprise creatrice de la méthode et de l'esprit des Peres dans un contexte contemporain. "Les Peres ne sont pas derriere nous, ils sont devant nous", aimait-il a dire, signifiant par la que l'héritage patristique n'etait pas un depot a conserver mais un programme a deployer.
Ce programme neo-patristique impliquait une lecture attentive mais critique des Peres occidentaux, y compris Augustin. Il ne s'agissait pas de rejeter Augustin mais de le situer correctement dans le panorama de la tradition chrétienne des premiers siecles, en distinguant ce qui relevait de l'héritage commun de l'Église indivise et ce qui representait des développements propres a la tradition latine. Cette approche nuancee est la marque distinctive de la lecture florovskienne d'Augustin.
Le renouveau patristique et le retour aux sources
Le mouvement neo-patristique lance par Florovsky ne se limitait pas a un programme de recherche academique. Il s'agissait d'une veritable reforme de la théologie orthodoxe, visant a la liberer des categories empruntees et a lui restituer sa voix propre. Ce mouvement s'inscrivait dans un courant plus large de renouveau patristique qui touchait l'ensemble du christianisme au XXe siecle.
Du cote catholique, le mouvement du ressourcement, associe aux noms de Henri de Lubac, Jean Danielou et Yves Congar, poursuivait un objectif similaire : revenir aux Peres de l'Église pour renouveler une théologie que la neo-scolastique avait, selon eux, dessechee. Du cote protestant, des théologiens comme Oscar Cullmann et les promoteurs de la méthode historico-critique contribuaient également a un retour aux sources. Ce parallele montre que le programme florovskien n'etait pas un phenomene isole mais s'inscrivait dans un mouvement de fond de la théologie chrétienne du XXe siecle.

Florovsky insistait cependant sur la spécificité du retour aux Peres dans le contexte orthodoxe. Pour les catholiques et les protestants, les Peres representaient une source parmi d'autres, a cote de l'Ecriture, de la Tradition et du Magistere (pour les catholiques) ou de l'Ecriture seule (pour les protestants). Pour l'orthodoxie, les Peres constituaient la norme meme de la théologie, l'expression par excellence de la Tradition vivante de l'Église. Le retour aux Peres n'etait donc pas un exercice d'erudition mais un acte de fidelite ecclesiale.
Methodologie du retour aux Peres
La methodologie de Florovsky se voulait a la fois rigoureusement historique et profondément théologique. Il refusait deux ecueils symetriques : le fondamentalisme patristique, qui traiterait les textes des Peres comme des oracles infaillibles, et le relativisme historique, qui les reduirait a des documents d'epoque sans pertinence actuelle. Les Peres devaient etre lus dans leur contexte historique, avec les outils de la critique textuelle et de l'histoire des idees, mais aussi dans la continuite de la tradition vivante de l'Église qui les avait recus et transmis.
Cette methodologie avait des consequences directes pour la lecture d'Augustin. Il fallait lire Augustin dans son contexte — celui de l'Afrique romaine du IVe-Ve siecle, des controverses anti-pelagiennes, de la chute de Rome — et comprendre comment ce contexte avait influence ses formulations. Il fallait aussi distinguer entre les éléments permanents de sa pensee et les éléments circonstanciels, entre ses intuitions profondes et les exagerations polemiques auxquelles le debat l'avait parfois entraine.
La lecture florovskienne d'Augustin : critique et reconnaissance
La lecture qu'Augustin recoit chez Florovsky se distingue par sa double dimension : une critique precise de certaines positions doctrinales et une reconnaissance sincere de la grandeur du personnage et de son œuvre. Ce double mouvement est la signature de l'approche florovskienne, qui refuse aussi bien l'hagiographie que la diabolisation.
Sur le plan de la critique, Florovsky identifiait plusieurs points problematiques dans la théologie augustinienne. Le premier concerne la doctrine de la prédestination. Pour Florovsky, Augustin, entraine par la logique de son debat avec Pelage, avait ete conduit a des formulations extremes sur la prédestination divine qui ne correspondaient ni a l'enseignement des Peres anterieurs ni au consensus de l'Église des premiers siecles. La doctrine de la massa damnata, selon laquelle l'humanite dechu mérite collectivement la damnation et seule la grace gratuite en sauve quelques-uns, representait pour Florovsky un depassement excessif de la tradition commune.
Le deuxieme point de critique concerne le Filioque. Florovsky reconnaissait qu'Augustin partait d'une intuition théologique legitime — le lien etroit entre le Fils et l'Esprit — mais estimait que la formulation de la double procession introduisait un déséquilibre dans la théologie trinitaire. Pour Florovsky, la formule "du Pere par le Fils" (dia tou Huiou), présente chez certains Peres grecs, rendait mieux justice a cette intuition sans les inconvenients du Filioque. Pour un panorama complet de cette question, voyez notre article sur Vladimir Lossky et la critique orthodoxe d'Augustin.
Sur le plan de la reconnaissance, Florovsky admirait profondément les Confessions d'Augustin, qu'il considerait comme l'une des plus grandes œuvres de la litterature chrétienne. Il y voyait non seulement un document autobiographique d'une exceptionnelle profondeur psychologique, mais aussi une mediation théologique sur la grace, la conversion et la quete de Dieu qui rejoint les meilleures pages de la tradition ascetique orientale. La priere d'Augustin — "Tard je t'ai aimee, beaute si ancienne et si nouvelle" — trouvait un echo dans le cœur du théologien orthodoxe. Pour une vue d'ensemble de l'œuvre d'Augustin, nous renvoyons a notre page sur la vie et l'œuvre de saint Augustin.
Florovsky et Lossky : deux approches de la tradition occidentale
La comparaison entre Florovsky et Lossky est eclairante pour comprendre les différentes voies possibles de la reception orthodoxe d'Augustin. Les deux théologiens partageaient le meme objectif — refonder la théologie orthodoxe sur les Peres — mais differaient significativement dans leur méthode et dans leurs conclusions.
Lossky, comme nous l'avons vu, procedait par une méthode typologique qui opposait deux "systemes" théologiques : le systeme oriental (apophatique, personnaliste, mystique) et le systeme occidental (cataphatique, essentialiste, rationnel). Cette méthode avait l'avantage de la clarte et de la force rhetorique, mais l'inconvenient de simplifier la realite historique. Augustin, dans ce schema, devenait le representant par excellence du systeme occidental, et sa critique prenait un caractere global et structurel.
Florovsky, en revanche, procedait par une méthode historique qui examinait chaque auteur et chaque question dans leur spécificité. Il refusait de construire des systemes et preferait analyser des textes. Cette méthode, moins spectaculaire que celle de Lossky, etait plus respectueuse de la complexite du reel. Elle permettait de reconnaitre chez Augustin des éléments de convergence avec la tradition orientale la ou Lossky ne voyait que divergence.

Des divergences significatives
Concretement, Florovsky et Lossky divergeaient sur plusieurs points. Sur la Trinite, Florovsky ne considerait pas que l'approche augustinienne etait intrinsequement essentialiste ; il y voyait plutot un accent différent sur l'unite divine, qui n'excluait pas necessairement une théologie authentique de la personne. Sur le Filioque, Florovsky estimait que le probleme etait davantage canonique (l'ajout unilateral au Credo) que strictement dogmatique, alors que Lossky y voyait une erreur doctrinale decoulant inevitablement de la méthode augustinienne.
Sur la question de la grace et de la distinction essence-energies, les positions etaient également différentes. Lossky faisait de cette distinction le critere fondamental de la théologie orthodoxe, et considerait que l'absence de cette distinction chez Augustin constituait une lacune irreparable. Florovsky, sans nier l'importance de la distinction palamite, estimait qu'elle ne devait pas etre absolutisee au point de devenir le seul critere de jugement de la tradition occidentale. Des éléments de la pensee augustinienne — notamment sa conception de la presence de Dieu dans l'ame — pouvaient etre lus dans une perspective compatible avec la distinction essence-energies.
Ces divergences entre Florovsky et Lossky ne doivent pas etre exagerees. Les deux théologiens partageaient une conviction fondamentale : la necessite de revenir aux Peres de l'Église pour renouveler la théologie orthodoxe. Mais ils illustrent qu'au sein meme du mouvement neo-patristique, il existait une pluralite d'approches et de sensibilites, et que la lecture orthodoxe d'Augustin ne se laisse pas reduire a une position monolithique.
Florovsky, Augustin et le dialogue œcuménique
L'engagement œcuménique de Florovsky confere a sa lecture d'Augustin une dimension pratique qui depasse le cadre academique. Pour Florovsky, le dialogue entre les traditions chrétiennes ne pouvait réussir que s'il se fondait sur une connaissance approfondie et respectueuse de la tradition de l'autre. Lire Augustin avec rigueur et sympathie etait, en ce sens, un acte œcuménique.
Florovsky participait regulierement a des colloques reunissant théologiens catholiques, protestants et orthodoxes. Dans ces rencontres, il insistait sur la necessite de distinguer entre les positions authentiques des Peres et les interprétations posterieures qui les avaient parfois deformees. Ainsi, l'Augustin de la scolastique medievale — systematise, rigidifie, pousse dans ses consequences extremes — n'etait pas necessairement fidele a l'Augustin des Confessions et du De Trinitate. Cette distinction permettait un dialogue plus fecond, car elle liberait Augustin des caricatures confessionnelles.
L'approche de Florovsky fut particulierement influente dans le contexte du Conseil œcuménique des Églises. Son insistance sur l'héritage patristique commun offrait un terrain de rencontre aux différentes traditions chrétiennes. Les Peres de l'Église indivise — y compris Augustin pour les cinq premiers siecles — representaient un patrimoine partage que les divisions ulterieures n'avaient pas entierement efface. Revenir a ce patrimoine commun constituait, pour Florovsky, la condition de possibilite de tout rapprochement authentique.
Les limites de l'approche œcuménique
Florovsky etait neanmoins conscient des limites de son approche. Le retour aux Peres ne pouvait a lui seul resoudre les problemes accumules au fil de quinze siecles de separation. Les traditions s'etaient développées de maniere autonome, produisant des corpus doctrinaux, liturgiques et canoniques irreductibles les uns aux autres. Le dialogue œcuménique devait prendre en compte cette histoire post-patristique et ne pouvait se contenter d'un saut en arriere vers un age d'or idealise.
De plus, Florovsky refusait l'œcuménisme du plus petit denominateur commun, qui chercherait a minimiser les différences pour parvenir a un accord superficiel. L'unite, pour Florovsky, ne pouvait se faire que dans la verite, et la verite exigeait une confrontation honnete avec les points de divergence. Sa lecture d'Augustin illustrait cette exigence : il ne s'agissait ni de rejeter Augustin au nom de l'identite orthodoxe, ni de l'accepter sans critique au nom de l'unite chrétienne, mais de le lire avec la rigueur et l'honnetete que le dialogue exige.
L'héritage contemporain du programme florovskien
Le programme neo-patristique de Florovsky a profondément transforme la théologie orthodoxe au cours du dernier demi-siecle. Des théologiens majeurs comme John Meyendorff, Alexandre Schmemann, John Behr et Andrew Louth se sont explicitement inscrits dans son sillage, tout en developpant des orientations propres. La lecture equilibree d'Augustin qui caracterise Florovsky a également influence la maniere dont les orthodoxes abordent le dialogue avec le catholicisme.
Dans le monde academique, l'approche historique et nuancee de Florovsky a contribue a depassionner le debat autour d'Augustin. Les études patristiques contemporaines, tant orthodoxes que catholiques et protestantes, s'efforcent de lire les Peres dans leur contexte, sans projection anachronique ni polemique confessionnelle. Cette évolution doit beaucoup a l'exemple de Florovsky, qui a montre qu'il etait possible d'etre a la fois profondément orthodoxe et intellectuellement rigoureux dans la lecture des Peres occidentaux.
Neanmoins, le programme florovskien fait aujourd'hui l'objet de debats au sein meme de la théologie orthodoxe. Certains estiment que le "retour aux Peres" a ete insuffisamment mis en œuvre et que la théologie orthodoxe reste trop marquee par les categories occidentales. D'autres, a l'inverse, considerent que l'insistance exclusive sur les Peres risque de figer la théologie dans un passe idealise et de l'empecher de répondre aux questions du present. La question de la lecture d'Augustin s'inscrit dans ce debat plus large sur l'avenir de la théologie orthodoxe.
Un modèle pour le dialogue contemporain
Quoi qu'il en soit, la méthode de Florovsky — une lecture a la fois critique et respectueuse, historique et théologique, ferme sur les principes et ouverte au dialogue — demeure un modèle pour l'approche orthodoxe d'Augustin et, plus largement, pour le dialogue interconfessionnel. A une epoque ou les crispations identitaires menacent de refermer les portes que le mouvement œcuménique avait ouvertes, l'exemple de Florovsky rappelle que la fidelite a sa propre tradition est compatible avec la generosite envers celle de l'autre.
Conclusion
Georges Florovsky a offert a la théologie orthodoxe un modèle de lecture d'Augustin d'une rare qualite intellectuelle et spirituelle. Ni hagiographique ni polemique, sa lecture est celle d'un historien rigoureux et d'un théologien engage, soucieux a la fois de fidelite a la tradition orientale et d'honnetete dans le rapport a la tradition occidentale. Ce double souci fait de Florovsky un guide precieux pour quiconque veut aborder le dialogue entre les traditions chrétiennes.
La comparaison avec Lossky fait ressortir la spécificité de l'approche florovskienne : la ou Lossky construisait des systemes, Florovsky analysait des textes ; la ou Lossky opposait des types, Florovsky nuancait des positions ; la ou Lossky tranchait, Florovsky deliberait. Les deux approches ont leur valeur et leur necessite — la clarification systematique et l'analyse historique sont complementaires — mais celle de Florovsky offre peut-etre davantage de ressources pour le dialogue œcuménique contemporain.
L'héritage de Florovsky invite la théologie orthodoxe a une double exigence : la fidelite a ses propres sources patristiques et l'ouverture intellectuelle a la richesse de la tradition occidentale, dont Augustin est l'un des plus grands representants. Cette double exigence est difficile a tenir, et les tentations de la facilite — le repli identitaire d'un cote, l'assimilation uncritique de l'autre — sont permanentes. Mais c'est precisement dans cette tension feconde que la théologie orthodoxe peut trouver sa voie propre, fidele a son héritage et ouverte a l'avenir.